Pour sa 16e édition, le festival Solidays a battu tous les records. Record de fréquentation tout d’abord, avec plus de 175 000 entrées sur 3 jours, du jamais vu pour l’Hippodrome de Longchamp. Record également de récolte de fonds ensuite, avec environ 2.2 millions d’euros de recettes. Rappelons que ce festival est avant tout un rendez-vous annuel de soutien et de solidarité avec les personnes touchées par le VIH. Cette année, même Bill Gates s’est déplacé en personne pour donner une conférence de presse sur ce thème. Cela fait quelques années qu’il apporte son soutien financier à la recherche médicale et à la prévention contre ce virus. Au lendemain d’une nouvelle alarme de l’OMS concernant l’accélération de la multiplication des cas de contaminations, allant jusqu’à préconiser des traitements antirétroviraux en prévention pour certaines catégories de la population, nous ne rappellerons jamais autant l’importance de se préserver contre ce fléau. Un record également pour le nombre d’artistes qui se sont succédés sur les différentes scènes du festival pour animer l’évènement durant trois jours. Solidays met toujours en avant plutôt la scène française. Toutefois quelques têtes d’affiches internationales viennent compléter la programmation pour satisfaire le plus grand nombre. C’est un rendez-vous familial, dans une ambiance bon enfant, qui rassemblent des personnes ouvertes d’esprit, et en particulier de nombreux jeunes venus de toute la France qui camperont sur place.

Enfin et malheureusement cette année le festival a remporté la palme d’or du festival le plus pluvieux de la saison (pour le moment). Le site a été arrosé durant 48h quasiment non-stop sur la journée du samedi et celle du dimanche. Gare à celui qui avait oublié son poncho et ses bottes Décathlon. Heureusement, l’infrastructure du festival propose quelques chapiteaux géants qui ont permis aux plus démunis de passer quelques heures presque au sec. Mais qu’importe les conditions météo, il a régné un sentiment de liberté et de joie sur tout le festival. Les concerts s’enchainent les uns derrière les autres, et sont entrecoupés de pauses pendant lesquelles les organisateurs distillent quelques messages de prévention et de solidarité. La ministre de la justice en personne, Christiane Taubira, est venue rendre un hommage aux personnes disparues des suites d’une maladie liée au VIH sous les portraits géants de Nelson Mandela. Séquence émotions et recueillements. En backstage, le président de la République François Hollande a fait lui aussi le déplacement pour une apparition éclair, une simple visite de courtoisie. Il a été pris à partie par des transsexuels qui l’interrogeait sur ses engagements de campagne, sans réaction de sa part. Les sœurs de la perpétuelle indulgence quant à elles (ndlr : mouvement gay militant né à San Francisco en 1979), donnent une messe quotidienne pendant laquelle il est question de prévention, de messages de solidarité et de tolérance, le tout sous couvert d’une bonne dose d’humour aussi.

_DSC0469Woodkid – le barbu le plus célèbre à l’affiche du festival.
C’est sans doute pendant la prestation de Woodkid sur la scène Bagatelle que nous avons pris le plus de plaisir. De son vrai nom Yoann Lemoine, Woodkid apparait au milieu de fumigènes sur une scène organisée comme un tableau, tel un ange sorti des nuages. L’introduction du concert est assurée par une bonne dizaine de musiciens. Percussions, cuivres, et cordes très présentes, produisent un son assez majestueux. Les synthés complètent l’ensemble et balancent quelques basses puissantes qu’on n’a pas de difficulté à entendre à l’autre bout de l’hippodrome. Pas étonnant pour un réalisateur de vidéos d’avoir une mise en scène particulièrement réussie. Le chanteur fait preuve de beaucoup d’humilité, et n’hésite pas à se mettre à l’arrière-plan comme pour mettre ses musiciens encore plus en avant, quand il ne chante pas. Pour parfaire ce tableau, le lightshow est réglé au millimètre. Des faisceaux blancs traversent la scène de part en part, tandis que quelques stroboscopes sont en synchronisation parfaite avec la musique. Inutile de le cacher plus longtemps, nous avons succombé à la voix si singulière de Yoann et à sa prestation live plutôt grandiose. Arrivé au troisième titre, nous ne touchons déjà plus terre, et pourtant nous prenons une nouvelle claque avec l’interprétation du single I Love You. Nous assistons à un véritable spectacle, une perfection sonore et visuelle, un grand moment.

_DSC9823Vanessa Paradis – précieuse lolita
Mais quel est donc le secret de Vanessa Paradis pour paraitre si épanouie ce soir-là ? L’amour sans doute. La demoiselle fait le plein de fans devant la scène de Paris pour un set articulé autour de ses plus jolies chansons, et des derniers extraits de son album composé par Benjamin Biolay, qui l’a d’ailleurs rejointe sur le stage. L’avantage d’avoir eu autant de hits c’est qu’il est aisé de satisfaire un public de festival. En ce qui nous concerne, c’était la première fois que nous la voyions interpréter ses chansons sur scène. La demoiselle est généreuse, souriante, elle en fait parfois un peu des caisses, mais il est difficile de résister à son charme. Les morceaux composés par Lenny Kravitz et Serge Gainsbourg sont évidemment des incontournables. Des petites pépites pop, teintées de quelques notes rock qui nous satisfont entièrement.

_DSC9115Christine and The Queens – multiples talents
Est-il vraiment nécessaire de vous parler une nouvelle fois de Christine and The Queens ? La demoiselle est à la une de toute la presse, et commence même à faire des apparitions outre Atlantique ! Son album caracole en tête des ventes, et la demoiselle en assure la promotion en parcourant la France de long en large cet été. Nous faisons partie aujourd’hui de ses fans, obsédés par les mélodies qu’on retrouve sur Chaleur Humaine. Pourtant nous avions plus de réserve il y a deux ans quand nous l’avions aperçue en première partie d’un concert de Jay-Jay Johanson au Trianon. Le temps a fait son œuvre pour le chant, et les chorégraphies sur scène se sont étoffées, jusqu’à offrir aujourd’hui un très bel ensemble, toujours aussi singulier, qui réussit à galvaniser le public. D’ailleurs, parmi les fans des premiers rangs, garçons et filles connaissent les paroles des chansons de son album par cœur.

_DSC5659Klink Clock – bouchons d’oreilles obligatoires
Mini formation réduite à deux, le duo Klink Clock est la surprise explosive de ce festival. Nini, la chanteuse, déborde d’énergie. Vêtue d’une robe mi noire mi blanche elle joue de la batterie debout, c’est peut être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup. Son compagnon guitariste est un jumping jack, il passe son temps à sauter sur les retours et à faire le fou. Le jeu de lumière est chaotique, stroboscopes et mur de lumières aveuglantes ajoutent aux rythmes pourtant déjà speed du concert. D’ailleurs le public adhère lui aussi à la prestation et le manifeste fortement entre chaque morceau. Nous avons appris récemment que RTL avait eu le coup de cœur également pour ce groupe ; gageons qu’il ne restera pas inconnu très longtemps.

_DSC7683Franz Ferdinand – efficacité rock
Parcourant la planète depuis une bonne année, les Franz Ferdinand sont également à l’affiche de la plupart des festivals cet été. La formule reste inchangée, pop-rock rythmé et dansant. Le concert des Franz Ferdinand est programmé assez tard sur la grande scène Paris. Leur public de fans complètement trempés, occupe le devant de la fosse depuis quelques heures. Mais juste avant le concert, ce sont les organisateurs du festival qui font leur apparition accompagnés d’une cinquantaine de jeunes bénévoles sans qui ce festival ne pourrait pas avoir lieu. Le président de Solidarité Sida, Luc Barruet, et l’ensemble des personnes présentes saluent et remercient à leur tour le public pour leur participation et rappellent en quelques mots l’importance de la solidarité au sens large et particulièrement dans le soutien aux malades. Le public galvanisé entonne avec eux un I Will Survive brulant, et finissent par exploser de joie à l’apparition des Franz Ferdinand sur scène. Nous ne les avions pas vus en concert depuis 2004, et en fait rien n’a changé. Sur scène c’est assez statique, le chanteur, le guitariste et le bassiste restent plantés derrière leur micro et dans le fond. Il faut dire qu’il pleuvait toujours des cordes et s’aventurer sur le devant du stage aurait été synonyme de risque de glissade ! C’est en voyant les sourires sur les visages dans le public que nous avons compris que le groupe n’avait en réalité pas besoin d’en faire plus. La joie se lisait également sur le visage du chanteur, qui s’est lancé dans un petit saut, en prenant toutes ses précautions.

_DSC5865Talisco – découverte FreakShow

Nous avions l’air un peu stupide dans la fosse pour le concert de Talisco sur la scène du Circus. Nous étions les seuls à ne pas déjà connaitre cet artiste. Les autres photographes en particulier avaient déjà croisé ce musicien, devenu chanteur, à plusieurs reprises pour des prestations live. Pour Solidays le parisien est venu accompagné d’autres musiciens dont l’énergie et la joie d’être sur scène fait plaisir à voir. Les compositions musicales de Talisco sont un mix de rock, de folk le tout arrosé d’un soupçon d’électro. Il transmet sa joie et son énergie au public qui va sans doute s’arracher dorénavant son premier EP Run disponible sur le web.
La boue a fini par avoir raison de nous !

Après deux jours à galoper dans la gadoue et dans le foin au milieu de l’Hippodrome de Longchamp, nous avions les chaussures et le jean bien crottés. C’est en lisant le bonheur sur les visages du public qui a subi les mêmes intempéries et dans des conditions parfois plus difficiles que les nôtres, que nous nous sommes sentis en communion. Surtout à la fin du festival, sur le chemin de retour, dans la navette, puis dans le métro. Sourires complices échangés en jaugeant la hauteur de boue sur les jeans des uns et des autres. Nous terminons cette revue en contemplant nos fringues en train de sécher et notre paire de dr Martens dont le cuir restera incrustée de boue à tout jamais, tout en feuilletant nos photos du week-end: FFF, Cats On Trees, Metronomy, Trigger Fingers, Rodrigo y Gabriela ou encore Stuck In The Sound

William Soragna