ROCK EN SEINE 2015
30 août
(le report du vendredi 28 août est ici)
(le report du samedi 29 août est ici)

Soleil, valeurs sûres et belles découvertes à Rock en Seine.

Finalement, Rock en Seine sera passé à travers les gouttes pendant tout le dernier week-end d’août. À travers les gouttes d’eau bien sûr, mais également celles de quelques faibles programmations passées.

En ce troisième jour de chaleur et de soleil rayonnant, le sol terreux du Parc de St Cloud fait grise mine, mais le line up est de qualité et inondé de soleil.

D’abord rock, la fin de journée sera, plus tard axée électro et gros beats bien gras.

 _DSC6169

Grolsh

Le repos dominical est de courte durée pour les festivaliers. Le premier rendez vous de la journée a lieu à 14h35 sur la grande scène, quelque peu éparse sous un soleil toujours lumineux. Kadavar est un trio berlinois, basse, guitare, batterie dont la longueur capillaire et le volume pileux n’ont d’égal que l’ennui que provoque leur musique heavy psyché made in seventies totalement périmée. Allures de vikings et postures surannées, les Kadavar n’arrivent pas à trouver le bon tempo ni la bonne chanson pour faire oublier la fatigue – grande il est vrai en ce troisième jour de Rock en Seine – et donnent toute latitude à la maigre foule de se rendre du coté la scène pression live pour assister au set de, Pond.

 _DSC6416

Ping Pond

Partageant, avec Tame Impala quelques membres actuels et des origines australiennes (tous sont originaires de Perth), le collectif mouvant de Pond est impatiemment attendu du coté de la plus petite scène de Rock en Scène. Formé en 2008, le groupe avait pour leitmotiv initial de permettre à toutes celles et tous ceux qui le désiraient de venir jouer ce qu’ils voulaient au sein de la formation. Le résultat est une pop glam psychédélique, parfois plus colorée que celle de Tame Impala ramenant, souvent aux premiers albums des Led Zeppelin. De quoi faire monter, lentement la pression et la soif dans un Parc de St Cloud qui, petit à petit voit le gros de la foule débarquer sur son sol asséché.

 _DSC6735

Last train to Mulhouse

S’il y a une sensation attendue sur la scène française cette année à Rock en Seine, ce sont bien les quatre Alsaciens de Last Train. Noirs dans l’âme et dans les cuirs lissés, le jeu de scène poussé du côté des BRMC (avec qui ils ont partagé la scène de Musique en Stock) en impose de la part de Jean-Noël (chant et guitare), Julien (guitare), Tim (basse) et Antoine (batterie).

Ils sont encore très jeunes, mais ont formé leur groupe voilà déjà dix ans pour jouer la musique qu’ils aiment, un rock gras, guitares en avant – lourdes, mais souvent claires et sans effets excessifs – chanté en Anglais et qui pèse le poids d’un semi remorque rempli jusqu’à la gueule d’amplis Marshall. Il suffit d’écouter le titre, Fire pour se rendre compte de la maturité exceptionnelle et du devenir qui semble s’annoncer pour Last Train.

 _DSC7542

Tie rack

Ty Seagall est de retour avec Fuzz. Assurant la batterie, mais également le chant en partage avec ses camarades de scène. Habitué des side projects, Ty Seagall est aussi intenable en tant que créatif qu’en tant que musicien. Gesticulant derrière ses baguettes, le californien accompagne Chad Ubovich à la basse, Charlie Moothart à la guitare et au chant pour

Tenir un public et un set d’une heure quinze, seul à la guitare et au centre d’une scène trop grande quand on a à peine vingt ans et qu’on n’use ni de machines ni de loop pour épaissir sa sauce, cela tient presque de la performance de nos jours.

À une époque où les formations rock bruyantes tiennent le haut du panier Anglais, Georges Ezra impose un style bluesy et folk rock qui pourraient s’avérer risqués, si le talent de song writer et de compositeur ne débordaient de sa guitare et sa voix grave et assurée.

En quelques mois à peine – son premier passage remarqué datant de l’été 2013 sur la scène découverte du Glastonbury Festival – cet Anglais à l’innocente mais très bien faite tête blonde s’est creusée un nom et un sillon bien à lui, entre Bob Dylan, Woody Guthrie et Johnny Cash. Pas de demi-mesure dans les références ; ce garçon est un phénomène dans son genre musical.

 _DSC7766

Hot Chips

Le premier grand rendez vous de la journée a lieu sur les coups de 17h45 quand Alexis Taylor et Joe Goddard précédent Sarah Jones et Rob Smoughton sur une grande scène baignée de soleil et d’une foule maintenant très dense. Une des plus belles machines à danser de cette édition 2015 de Rock en Seine entre en piste et, dès les premières mesures de Huarache Lights, tiré du dernier album en date, Why Make Sense ?, revitalise le corps et l’esprit des milliers de festivaliers prêts à en découdre. Joe Goddard et Alexis Taylor, pour ce citer qu’eux n’ont vraiment pas le physique de l’emploi, et pourtant, sur des bases electro pop, nu soul dominées par une armada de machines et de percussions ils deviennent, en cette fin d’après midi les maîtres d’un dancefloor géant qui des premiers aux derniers rangs – sans oublier les pas de danse endiablés de Rob Smoughton sur scène – se déhanche avec force sur, One Life Stand, Night And Day ou I Feel Better. Bonus inattendu pour la conclusion d’un set brûlant, une cover mash up épileptique de Dancing In The Dark du boss lui même, Bruce Springteen, mêlée au légendaire, All My Friends des non moins boss, LCD Soundsystem !

 _DSC8064

Dans la Savane

Les Jungle sont sur la scène de la cascade, à l’heure où un fidèle soleil décline lentement pour laisser place à de cotonneux nuages en filaments croisant en haute altitude, ce qui ne laisse rien présager de bon pour les heures qui suivent. Alors qu’un nouvel album semble sur le point de voir le jour du côté des londoniens Josh Lloyd-Watson et Tom McFarland, têtes pensantes du collectif, leur set programmé en fin de journée fait le plein de festivaliers. En piste depuis 2013, Jungle fait la part belle aux sonorités funk, soul et pop agrémentées d’electro beats bien sentis. Mais, si le fond de commerce du groupe ne peut qu’alimenter la bonne humeur et les pas de deux, version disco de la fin des années 70 (Crumbler), la prestation scénique de Jungle laisse souvent de marbre. Bien sur, il y a le hit, Busy Earnin’ pour rehausser un set en demie teinte, mais au delà de la qualité de certaines compositions, il manque au son une image

 _DSC7721

Aurore australe

À l’instar d’un MGMT, sur la même scène en 2009, les Tame Impala rappellent à notre bon souvenir, Lucy et ses diamants dans le ciel d’Ile de France. Devant un oscilloscope géant projeté sur un écran qui ne l’est pas moins, les cinq Australiens vont faire pleuvoir les couleurs acidulées et les sonorités « psychédélique hypno groove » tout au long de leur set de treize titres. Syd Barret, lui-même, du haut des cieux qu’il partage dorénavant avec Lucy aura su apprécier l’intro floydienne qui lance un premier titre à rallonge, Let It Happen. Et, que dire du stupéfiant, Mind Mischief qui suit et ses délires hallucinatoires ramenant aux heures de gloire de l’UFO club de Londres à la fin des années 60.. ? Mais c’est au moment du titre, Elephant, entré pour l’éternité au panthéon de la musique psychédélique que le climax est atteint du côté du groupe, comme de celui du public. Auteur d’un deuxième album qui a marqué l’été – Currents, sorti mi-juillet, Kevin Parker est pied nus, comme pour mieux ressentir la communion qui lie le groupe, déjà programmé en 2013 et un public toujours très nombreux. L’occasion d’oublier, pour un instant les accusations de plagiat qui lui pendent au nez et lancées par Samm Culley, l’un des membres du groupe de funk Skull Snaps qui a connu ses heures de gloire dans les années 70.

 _DSC8428

Parquet massif

Alors que se prépare, pratiquement à la même heure l’autre poids lourd de cette dernière journée de festival en la qualité d’Alt J, il convient de passer par la scène pression live pour y entendre les new-yorkais de Parquet Courts. Crée en 2010, ce groupe originaire de Brooklyn est composé des deux frère, Andrew et Max Savage ainsi que d’Austin Brown et du bostonien, Sean Yeaton à la basse.

Sur des airs de Television ou du Velvet Underground, ces quatre jeunes yankees qui ne renient en rien leurs origines ni leur héritage rock blanc issu de l’east cost font véritablement sensation avec des titres rapides, robotiques ou épileptiques comme, Master Of My Craft, Borrowed Time ou Light Up Gold II. Sauvages, sans en faire des tonnes et aériens malgré la rugosité des guitares en avant et de la batterie réduite au plus simple appareil, Parquet Courts jouent pour la deuxième fois à Rock en Seine et prouvent, en ce début de soirée qu’il faudra dorénavant compter avec eux sur une scène plus en adéquation avec leur immense talent, dans les années à venir.

Control Z

Comment laisser de coté Alt J jouant, à quelques encablures de la scène pression live sur la scène de la cascade ? Ce serait considéré comme une erreur professionnelle, à minima. Pourtant, que dire de plus qu’il n’ait déjà été dit sur ce collectif originaire de Leeds ? Pour sa deuxième venue à Rock en Seine et alors que certains persifleurs alimentent les réseaux sociaux de leurs commentaires sur des prestations souvent ternes, Alt J sort le grand jeu question son et lumière et tentent d’en mettre plein la vue aux milliers de festivaliers venus les soutenir, comme un seul homme. Le guitariste, Gus leur rendra bien en communiquant avec eux dans un Français presque parfait. Dès lors, les chœurs qui montent de l’assistance ne sont plus une surprise et des milliers de voix reprennent, «Please don’t go… I love you so» sur Breezeblocks, dernier titre au programme. Rien à signaler de plus.

 _DSC8752

Alchimistes

Après le concert, presque surprise des Libertines de la veille, la programmation de Rock en Seine avait un deuxième atout de poids dans sa manche. Un atout maître des soirées réussies et des clôtures de festival qui marquent les esprits : The Chemical Brothers. Sur une grande scène où se presse ce tout Paris qui compte autant de puristes, souvent campeurs forcenés que de people avec badges d’accès au VIP, le matériel déployé sur scène par l’équipe technique de Tom Rowlands et Ed Simons est impressionnant ! Telle une soucoupe volant prete à s’élever avec fracas dans les cieux maintenant noirs, la grande scène est totalement occupée par des centaines de projecteurs stroboscopiques et des tonnes de machines électroniques au milieu desquels, les deux activistes du big beat originaire Manchester semblent n’être que deux petits hommes verts de taille très modestes. Hey Boy, Hey Girl lance les moteurs de cette fusée à dix neuf compartiments qui vont, tout au long de leur combustion provoquer des bangs sonores à la limite du supportable pour qui n’a pas pris la précaution de s’équiper de bouchons d’oreilles. Sur les écrans géants installés de chaque coté de la scène, un petit bonhomme Michelin s’anime aux sons de, Star Guitar, Setting Sun ou Galvanize durant l’heure et demie d’un son et lumière où rien ne manque, même pas les feux d’artifice limite Jean Michel Jarre à la Concorde, un soir de 1979.

Dix ans après leur dernier passage à Rock en Seine, The Chemical Brothers comptent toujours des milliers de fans dans la capitale, mais la magie semble s’être atténuée, faute à un son un peu suranné et un dernier album en date, Born In The Echoes (juillet 2015) qui ne fera pas date.

_DSC9302

Avec une programmation à faire rougir ses concurrents du Reading ou de Glastonbury (toute proportion gardée), Rock en Seine 2015 aura vu 120 000 personnes participer à son festival, accompagné, les trois jours durant par un soleil radieux, contrairement à ce que la météo laissait entendre, quelques jours auparavant. On aura pu assister à 70 concerts, toute tendance mêlée, manger des plats du monde entier et voir quelques candidats aux Régionales de décembre prochain, faire comme s’ils avaient toujours été fans de musiques rock. Mais, Rock en Seine c’est également 30 000 spectateurs venus de province et 15 000 venus de l’étranger ; un véritable vecteur pour l’économie locale, donc.

Pour 2016, le festival réfléchit à son extension : soit géographique, soit par le nombre de concerts proposés. Une fête dont on se réjouit l’avance et pour laquelle, nous relaterons à nouveau les meilleurs moments.

 

La galerie Freakshow de ce Rock En Seine 2015:

Texte: Olivier Kalousdian
Photos: William Soragna
Remerciements: Nathalie, Catherine & Marion @ Agence Ephélide, L’organisation du festival Rock En Seine.