ROCK EN SEINE 2015 :

29 août : Les Anglais débarquent !
(le report du vendredi 28 août est ici)
(le report du dimanche 30 août est ici)

_DSC2894Les Macchabee ont du coffre

Le soleil brille comme en plein été et la journée s’annonce superbe ! Avec un nom qui ne reflète en rien la musique du groupe, les Anglais de The Maccabees investissent la plus grande scène de Rock en Seine en ouverture de cette deuxième journée de festival. Formés en 2005, ce groupe à l’aura pourtant intimiste réjouit les premiers festivaliers du jour sous un set indé rock lumineux ; les titres, Wall Of Arms (tiré de l’album éponyme de 2009, encensé par la critique) ou Mark To Prove It (quatrième album qui vient d’atteindre la tête des charts en Angleterre) et son tempo post punk mettent en jambes des membres déjà mis à mal par la journée du vendredi. Des Maccabees qui tombent à point en ce début de journée, saignants en dedans, croustillants dessus.

_DSC3274Belbegium

Balthazar…sur l’arrière scène, en lettre de bonne taille parade le nom du groupe qui affiche déjà dix années d’existence au compteur mais qui a réellement pris son envol avec l’album, Rats, sorti en 2012. Dans un décorum fait de bois brut et sans effets de manche, les cinq de Balthazar jouent sous un soleil tapageur qui inonde la scène de la cascade. La chaleur est intense et l’ombre se paie chère sous les marronnier du Parc de St Cloud. Préférant une majorité de nouveaux titres (issus de leur dernier album, Thin Walls, 2015) à leurs titres les plus connus (exceptés Blood Wine et Fifteen Floors), le quintet à cinq voix composé de, Maarten Devoldere, Patricia Vanneste, Jinte Deprez, Simon Casier et Michiel Balcaen emporte tous les suffrages et affiche un charisme qui n’a d’égal que la qualité de leurs compositions.

Dance club

DBFC s’annoncent comme un des groupes les plus existants de ce Rock en Seine 2015, parmi les nouveautés. Venus de France et d’Angleterre, Dombrance , Guillaume Rossel, Antoine Reininger et David Shaw explorent les pistes (de danse) laissées vacantes par The Charlatans ou Happy Mondays et poursuivent, au loin le fantome de LCD Soundsystem. Sur des rythmes acid house ou électro pop, DBFC se présente, dans sa bio comme un groupe de club. Poussant aux déhanchements sexy (It’s All About) ou aux mouvements robotiques (Humdrum), DBFC raffraichit une journée torride, de part sa température et son line up.

_DSC3560Diamandis sur canapé

Après avoir remis au gout du jour la pop disco de la fin des années soixante dix (dans une veine électro inventée par Giorgio Moroder) avec un premier album intitulé, The Family Jewels et deux titres accrocheurs, I’m Not A Robot et Hollywood, Marina Lambrini Diamandis – la galloise comme son nom ne l’indique pas – revient en grande forme sur la scène de la cascade à Rock en Seine. Pour celles et ceux qui ont découvert Marina And The Diamonds à Paris en 2010 (Divan du Monde), ce qui frappe en premier ce sont les vingt kilos qu’elle a perdus, depuis ! Taille de guêpe et seins arrogants en combinaison moulante zébrée, on hésite entre l’admiration (masculine, majoritairement) ou la grimace imposée par un mauvais goût vestimentaire qui n’est pas sans rappeler les tenues des meilleurs artistes libanais ou moyen-orientaux… Bubblegum Bitch (le bien nommé), Hollywood ou How To Be A Heartbreaker vont provoquer les hurlements des plus jeunes et même, de quelques plus anciens, subjugués par l’électropop distillée par ce petit bout de femme extrêmement sensuelle se pavanant avec excentricité et qu’on a connu un tantinet plus classe.

_DSC3947Stereotypes

Voilà plus de vingt ans que les Stereophonics écument les mers de la britpop ; Kelly Jones, le leader du groupe semble pourtant ne pas avoir pris une ride. Et on pourrait presque en dire autant de la musique proposée par le groupe gallois. Alors que certains groupes cherchent à coller aux styles mouvants du rock, les Stereophonics, eux restent reconnaissables entre mille de par leur son métallique et, surtout la voix légèrement éraillée de Kelly Jones. Alors que vient de sortir leur neuvième album studio, Keep The Village Alive, ce sont, bien sur, Maybe Tomorrow et Have A Nice Day que sont venus écouter, allongés dans l’herbe de la grande scène les milliers de fans présents. Un set qui déroule ses notes avec grâce, mais qui ne trouvera pas son public, faute, peut être à une setlist trop peu penchée sur les titres les plus connus des Stereophonics.

_DSC4647Duel au soleil

Quand Etienne Daho se lance en scène, la lutte s’engage entre le talent incontestable de ce jeune dandy français qui fêtera ses soixante ans l’année prochaine et ses cordes vocales. Depuis quarante ans maintenant, exceptions faites des premières années, Etienne Daho est l’instigateur de génie de quelques uns des plus beaux et des plus reconnus titres de la french touch avant l’heure. Après treize albums studio et plusieurs dizaines de tubes que fredonne un par terre de générations mêlées devant la scène de la cascade, Etienne Daho joue sur du velours en cette fin d’après midi flamboyante. Classieux comme jamais et jouant de sa sensualité ambiguë et à fleur de peau, il va faire chanter, danser et se réjouir les milliers de festivaliers agglutinés le long des allées et venus, comme un seul homme assister à une des rares prestations de festival du plus parisien des artistes de la fameuse scène rennaise. Si la plupart de ses hits sont ré interprétés, avec plus ou moins de succès, c’est du coté de la voix d’Etienne Daho que le bas blesse. En sous régime (par obligation), la plupart du temps, cette voix n’a jamais été taillée pour le live. Peu importe. La légende prend le pas sur tout le reste et le set qui comprend, entre autres, Le Grand Sommeil, Week End A Rome, Comme Un Boomerang (qui donnera lieu à un hommage émouvant à Dani et au dieu Gainsbourg) ou Epaule Tattoo restera comme le grand rendez-vous de ce samedi à Rock en Seine.

_DSC4726Mandat de recherche

À nouveau programmés sur la grande scène de Rock en Seine après leur passage en 2011, Interpol sont chaudement attendus par quelques milliers de fans. Cette formation américaine qui n’a jamais vraiment ré édité l’exploit et le succès de leurs premiers disques (Turn On The Bright Lights et Antics). C’est d’ailleurs d’Antics que vont profiter Interpol en interprétant une bonne moitié de l’album ce soir ; Narc, Evil, Take You On A Cruise, Slow Hands, Not Even Jail…autant de titres qui vont ravir les spectateurs, même si leur interprétations, trop sages laissera un goût d’inachevé pour le retour des new-yorkais à Rock en Seine. Paul Banks, le leader a du métier et un costume impeccable, mais le moteur d’Interpol semble être grippé ou tourner au diesel. Il leur faudra les trois quarts du set pour être vraiment lancés et se défaire d’une attitude figée et d’un jeu trop peu aéré pour convenir au live. Paul Banks laisse tomber sa veste et ôte ses lunettes de soleil et regarde enfin au loin…et les trois titres finaux, Slow Hands, PDA et Obstacle 1 donnent enfin l’impression qu’Interpol cherche à en faire plus qu’en studio. Mais il est trop tard. Interpol a raté un retour pourtant très attendu.

_DSC5971Entre adultes consentants

Groupe phare de la programmation de Rock en Seine 2015 et du samedi 29 août s’il en est, The Libertines font le plein devant la grande scène et bien au-delà, bien avant que 23h ne sonne. Si, après un concert de Mozart, le silence est encore de Mozart, avant un concert de The Libertines, le suspens et le doute qui planent au-dessus de l’immense foule sont aussi de The Libertines. Pete Doherty sera t il en état de jouer ? Carl Barat sera t il de bonne humeur ? Les deux vont-ils s’adonner à une passe d’armes dont ils ont le secret et remiser un rendez vous des plus attendus aux oubliettes des live parmi les plus ratés (The Libertines au Zénith de Paris en septembre 2014) ? … Force est de constater que beaucoup misent perdants, avant même le début des hostilités. Perdants, les pisse-froid se déversant en direct live sur twitter ou facebook, après un ou deux titres, à peine le seront. Pete Doherty est là (ce qui rassure déjà !) et semble assez sobre pour une fois. Quant à Carl Barat, caché sous un chapeau de feutre à larges bords, il semble aujourd’hui heureux de se retrouver aux cotés de son ex ennemi juré. Et si le batteur, Gary Powell affiche une stature et une forme olympiques qui pèsent très (trop ?) lourd dans son jeu tout en puissance, il convient de faire l’impasse sur le flegmatique John Hassal (bassiste) dont la présence scénique fait totalement défaut. Sur les vingt-deux titres joués sous une pleine lune insolente, seuls quatre sont issus de leur dernier et tiède album, Anthems For Doomed Youth. La grande majorité de la setlist est composée des titres qui ont fait leur réputation (mais, avec à peine trois albums au compteur en treize années, il ne peut en être autrement) et va défiler durant un set énergique, costaud et sans fausses notes, exceptées celles jouées volontairement par le facétieux Pete Doherty. Lui qui aime jouer de l’improvisation, pour le meilleur et, parfois pour le pire entamera d’ailleurs un, Les Copains d’Abord de Georges Brassens, juste avant le rappel. Un rappel défouloir qui affichera, Up The Bracket, I Get Along ou encore, Don’t Look Back Into The Sun.

Mention spéciale pour Music When The Lights Go Out qui verra les deux faux frères chanter sous le même micro et se rapprocher au point d’échanger un baiser mortel, sous les chœurs de dizaines de milliers de festivaliers, aux anges.

Celles et ceux qui étaient venus chercher le fait-divers ou la prestation tonitruante en sont pour leur frais ; si The Libertines ont été le plus punk des groupes anglais dans les années deux mille, même dans leur version 2002 ils n’ont jamais fait de la scène un défouloir pour crachats, bris d’instruments ou autres pogo. Ils ont été punk dans l’âme (et dans leurs frasques privées) et dans leur musique et, ce soir, c’est un peu de cette énergie et nostalgie sauvages dont ils ont gratifié le public de Rock en Seine.

La galerie Freakshow de ce Rock En Seine 2015:

Texte: Olivier Kalousdian
Photos: William Soragna
Remerciements: Nathalie, Catherine & Marion @ Agence Ephélide, L’organisation du festival Rock En Seine.